Tahar Ben
Jelloun est l'écrivain marocain le plus célèbre aussi bien au Maghreb qu'en
Europe. L'originalité de Ben Jelloun tient dans
son art de capter tous les aspects de la tradition et de la culture maghrébine
en harmonie avec la vie quotidienne et les problèmes (sensibles) de la société.
On retrouve alors une écriture différente par ses modalités et ses thèmes,
parce qu'elle met en scène des sujets tabous ou des êtres exclus de la
parole : ici les immigrés musulmans en France.
Portrait de
l’immigré en vieil homme solitaire, Au
pays propose un aperçu de la condition des immigrés maghrébins en France.
Le portrait de Mohamed est celui d’une génération entière d’immigrés dont le
visage triste et « incompris supporte le poids du temps et des
désillusions »[1].
Mohamed est
un immigré marocain qui habite en région parisienne, dans le 78. Il est père de
5 enfants. Sa vie professionnelle, il l'a passée à l'usine Renault. Mohamed
est un travailleur et un père de famille modèle. Installé en France depuis
plusieurs années, il est sans cesse révolté par sa condition et voit en
l’immigration un ‘’monstre’’ qui l’a éloigné des siens et lui a volé sa
jeunesse. Lui est heureux d’être un honnête ouvrier qui ne s’occupe pas de
politique, fait son travail consciencieusement et consacre le reste de son
temps à sa famille. Il ne comprend pas ces jeunes gens qui, au nom de la
religion et du fanatisme, mettent le feu aux voitures ou agresse la plupart des
occidentaux, et, bien sur, il ne veut pas que ses enfants leur ressemblent.
Pour lui, cette révolte contre la France qui a, des années auparavant,
accueilli leurs parents et qui est désormais leur pays, leur terre, est
totalement insensée.
Mohamed aime sa condition de
travailleur immigré. D’ailleurs, sa retraite l’envahie d’une insupportable
anxiété. Il craint qu’elle ne soit pour lui le début d’une longue chute qui le
conduira vers la mort. Au fur et à mesure qu’approche le premier jour de
«l’entraite», l’angoisse l’envahie totalement. Tout devient sujet
d’interrogation, de remise en question : l’immigration et l’attachement au pays
d’enfance, l’islam, qui à cause du fanatisme est de plus en plus confondu avec
des appels à la destruction d’autrui, les relations entre parents et enfants
dans une Europe hostile, où on ne doit rien à personne, ni même aux anciens.
Pour donner un sens à sa nouvelle vie de retraité,
Mohamed a une idée: construire une grande maison "au bled" pour
pouvoir y accueillir tous ses enfants qui seront invités à le rejoindre et
ainsi, tous ensemble, pourront vivre une vraie vie de famille. Il attendra longtemps ses enfants qui ne le rejoindront pas. Ainsi
le retour au pays n’aura été qu’une désillusion.